Bauhaus : Quand la forme suit la fonction
Un travail sur le design peut prendre mille formes : il y a le dessin numérique sur tablette, la recherche de concepts très épurés, ou à l'inverse le choix de motifs riches et détaillés. Ma sensibilité me porte vers une autre approche : je cherche la beauté dans ce qui est brut, structurel, presque mis à nu. Et pour comprendre d'où vient ce fil conducteur, il faut faire un petit détour par une histoire qui résonne beaucoup en moi : celle du Bauhaus.
En 1919, en Allemagne, ce mouvement a bousculé tout le monde avec une idée d'une simplicité désarmante : la forme d'un objet doit être dictée par sa fonction, et un matériau ne doit jamais mentir.
Ce n'est pas juste une théorie. C’est une réalité de tous les jours, celle qui me guide quand je suis à l'atelier, et au delà.

Respecter la vérité de la matière
Le Bauhaus a imposé un principe fondamental : la fidélité aux matériaux. À l'époque, c'était une révolution. On arrêtait enfin de masquer le métal sous des fioritures ou de tricher sur les apparences. Si on utilise de l'acier, on montre l'acier.
C’est exactement ma philosophie. Quand je prépare le piétement d'un luminaire, je refuse de cacher le métal sous une couche de peinture industrielle ou une laque parfaite et impersonnelle. Je préfère passer des heures sur les patines, les brossages et les oxydations. Pourquoi ? Parce que je veux que le fer raconte son histoire, qu’on voie sa texture, ses nuances, sa réaction au temps. C'est ça, sa vraie noblesse.
Il en va de même pour la pierre. Qu'il s'agisse d'ardoise, de marbre ou de mica, je ne cherche pas à lisser le minéral jusqu'à l'effacer. Ses failles, ses reliefs géologiques et ses aspérités ne sont pas des défauts à gommer. Ce sont des empreintes uniques façonnées par la nature. Mon rôle n'est pas de dompter la matière, mais de la laisser s'exprimer.
C'est cet esprit qui guide la création de nos lampes, appliques et abat-jours.

Penser avec les mains
Le fondateur du Bauhaus, Walter Gropius, disait qu’il n’y avait aucune différence essentielle entre l’artiste et l’artisan. On ne peut pas concevoir un bel objet si on ne comprend pas intimement comment le métal se courbe, comment la pierre réagit à la découpe ou comment la soudure s'assemble.
Ce lien entre l'esprit et la main, c'est toute ma vie professionnelle. Cela fait près de vingt ans que je fabrique, que je construis, que je cherche les volumes et le bon équilibre des structures. Les luminaires qui sortent de l’atelier ne sont pas le résultat d'un croquis abstrait envoyé à l'autre bout du monde pour être produit en série.
Chaque pièce naît ici, sur mon établi. C'est un dialogue permanent entre ce que j'imagine et ce que la matière m'impose. C'est la main qui valide l'idée.
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Quand la ligne droite rencontre l'imprévisible
Le style Bauhaus, c'est aussi la rigueur. Des lignes tendues, des structures géométriques, une recherche de l'essentiel où l'on retire tout le superflu. Mais j'aime l'idée que cette rigueur ne soit pas rigide.
Dans mes créations, les structures en acier apportent cette discipline presque architecturale, une base solide et stable. Mais le vrai déclic se produit lorsque cette géométrie stricte vient encadrer l'imprévisible : une feuille de pierre.
La fonction première du luminaire — éclairer — rencontre l'émotion de la roche. Dès que la lumière traverse la pierre, elle en révèle les veines cachées, métamorphosant un bloc minéral en un tableau vibrant et chaleureux. La lumière ne fait plus seulement d'éclairer une pièce, elle donne vie à la matière.
Au-delà de l'objet
Choisir une pièce artisanale, ce n'est pas juste acheter une lampe de plus pour meubler un coin de salon. C'est faire entrer chez soi un bout d'histoire, un objet honnête qui refuse le jetable, le factice et les faux-semblants.
En faisant dialoguer la discipline historique du Bauhaus avec la poésie brute des éléments, j'essaie simplement, à mon échelle, de continuer à faire vivre cet état d'esprit : créer des objets durables, ancrés dans le réel, où la main de l'homme s'efface juste assez pour sublimer la nature.
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